Patience, attention, endurance, ardeur sont des vertus cardinales pour cheminer vers la prison, lieu coupé du monde extérieur, pour apprendre à se déposséder des habitudes de la société d’où l’on vient, où tout semble accessible, visible, transparent. Sans doute des êtres vivent en prison, ou plutôt « survivent » pour reprendre le mot de l’une des détenues, Babou. Ce qui reste du monde extérieur ne se dissout pas totalement dans la détention. C’est ce reste qui survit, qui s’accommode ou pas à la prison, que j’ai interrogé.
Aller en prison est un cheminement long, les étapes sont nombreuses, incertaines. La prison impose d’identifier la nature des relations entre tous les individus qui la peuplent, et de se repositionner sans cesse. Depuis 2011, où j’ai conçu des projets en milieu carcéral — maison centrale de Clairvaux, quartier Femmes du centre pénitentiaire de Réau, maison d’arrêt de Fleury-Mérogis — cet état de fait ne s’est jamais démenti*.

*Extrait de En mille et un morceaux, une conversation entre Marion Lachaise et Corinne Rondeau, Les Cahiers de la Justice, revue de l’École nationale de la magistrature, Dalloz, avril 2020

D'une prison, 2015
vidéo HD, 1'43 min, in le livre en réalité augmentée L’œil de Clairvaux
Musique Reynaldo Hahn interprétée par Tino Rossi sur un poème de Verlaine © Heugel SA - Droits transférés à Alphonse Leduc Éditions musicales. Tous droits réservés. Copyright international. « Avec l’aimable autorisation d’Alphonse Leduc Éditions musicales »